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  • Julie Picard

La maladie d'Alzheimer et la conciliation famille-travail

Bonjour, je m’appelle Julie, j’ai été approchée par la responsable du nouveau programme Coco-Boulot, qui vise à faire progresser la conciliation travail-famille dans notre société. On pense en premier lieu aux parents de jeunes enfants quand on parle de la conciliation travail-famille, mais de plus en plus de personnes doivent aussi prendre soin d’un parent vieillissant ou d’un proche en perte d’autonomie. Je suis l’une d’elles : je prends soin de ma mère âgée de 85 ans qui est aux prises avec la maladie d’Alzheimer.


J’ai toujours été très proche de mes parents et je me suis engagée à faire le maximum pour les accompagner dans leur vieillissement afin de leur assurer une qualité de vie le plus longtemps possible. Ma mère a vécu seule pendant les premières années de la maladie. Je la visitais régulièrement pour m’assurer qu’elle se portait bien et nous avons demandé au CLSC de pallier aux besoins au fur et à mesure que ses capacités diminuaient (administration de la médication, aide à l’hygiène, etc.). Mais la maladie étant ce qu’elle est, ma mère ne pouvait plus demeurer seule à la maison pour des raisons de sécurité. Nous avons, moi et mon frère, fait les démarches pour la déménager en résidence. Ce changement a été éprouvant pour ma mère, on sait que les personnes âgées ont besoin de repères et c’est encore plus flagrant pour les personnes Alzheimer qui ont beaucoup de difficulté à s’adapter aux changements, surtout quand ils sont encore à un stade où ils sont assez lucides pour constater leurs pertes. J’ai été très engagée auprès d’elle durant cette période, pour lui offrir une présence bienveillante et rassurante et pour tout organiser. Ça a été un bon mois d’implication presque à temps plein. Peu avant la décision de déménager ma mère, j’ai demandé une année sabbatique à mon employeur, pour des raisons personnelles, mais aussi parce que je prévoyais devoir m’impliquer de plus en plus auprès de ma mère et parce que je sentais déjà la charge mentale qui s’installait. J’ai fait le choix de diminuer mon mode de vie et de réduire mes dépenses durant ce congé. Mon employeur a été très compréhensif et m’a facilement accordé ce congé. Comme je le pressentais, ma mère a eu besoin de plus en plus de moi durant cette année : elle n’acceptait pas bien de recevoir de l’aide, entre autres pour son hygiène. J’ai donc choisi de m’occuper moi-même de cet aspect et d’autres choses. Mes heures d’implication augmentaient tranquillement mais sûrement. C’est pourquoi, à la fin de ma sabbatique, j’ai demandé à mon employeur la possibilité de réintégrer le travail à temps partiel. Je ne souhaitais pas retrouver le poste à temps plein que j’occupais. Je savais que mon employeur ferait de son mieux pour être flexible et m’assurer un retour dans l’équipe, mais je me devais aussi de mon côté de proposer des solutions gagnantes pour les deux. La flexibilité, ça va dans les 2 sens. Je pense même que c’est un ingrédient essentiel dans la mise en place d’une bonne entente conciliation travail-famille. Je connaissais les besoins de mon employeur et je me suis proposée pour travailler de façon très flexible afin de répondre aux besoins changeants de l’organisation. Nous avons pu nous entendre sur une façon de faire qui était favorable à l’un comme à l’autre. Je suis consciente que ce n’est pas possible pour tout le monde de baisser leurs revenus, ou bien de travailler pour une organisation ouverte à faire des aménagements, mais je pense qu’il y a toujours des solutions, quitte à faire des compromis de part et d’autre. Je crois que les bons employeurs penseront toujours qu’un bon employé vaut la peine de se pencher sur la recherche de solutions. Les employés qui se sentent appréciés et reconnus par leur employeur en tant que proche-aidant, feront des pieds et des mains pour demeurer de bons employés et faire un travail de qualité. C’est dans leur nature de toute façon de donner le maximum d’eux-mêmes.

Depuis le Corona Virus, nous avons été mis en télétravail et j’ai choisi d’emmener ma mère à la maison car je craignais pour son état qui se dégradait faute de pouvoir lui rendre visite. On dit que c’est toujours dans des moments de bouleversement que l’on choisit de prendre ce genre de décision, mais que l’on ne connaît jamais le chemin que nous empruntons. Je ne regrette pas ma décision, même si mon choix s’est fait un peu sur un coup de tête dans l’urgence de la situation. Je me rends compte que c’est une tâche très prenante et un don de soi total. J’ai donc pris mes vacances annuelles pour prendre soin de ma mère. Je ne sais pas quand elle pourra retourner en toute sécurité à la résidence.Je compte encore sur mon employeur pour discuter des possibilités de conciliation-travail-famille si le séjour de ma mère à la maison devait se prolonger. Ce qui me fait dire que ce n’est jamais statique la conciliation travail-famille, il faut toujours s’ajuster et les employeurs aussi. Je remercie ces employeurs qui se comportent différemment afin de participer à l’amélioration sociale. En terminant, j’en profite pour rendre hommage aux proches-aidants qui en cette période difficile, doivent faire face à l’inquiétude et l’isolement. Soyez forts, les beaux jours reviendront.‘’Avec le temps va, tout s'en va".

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